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Série Vikings et les enluminures

Lorsque je suis tombée par hasard sur la série canado-irlandaise Vikings, j’ai eu un véritable coup de foudre ! Plusieurs événements relatés sont inspirés d’histoires vraies.

La plupart des séries qui se déroulent dans le passé abordent les guerres, les luttes de pouvoir, les histoires d’amour, etc. La série Vikings n’y fait pas exception. Toutefois, elle a su aborder quelques bribes d’un versant de notre histoire occidentale souvent méconnue du grand public : les manuscrits enluminés. C’est avec émotion que j’ai regardé l’histoire se dérouler sous mes yeux…

Dès la première saison, Ragnar Lothbrok et sa bande débarque sur une île d’Angleterre pour piller et brûler le monastère de Lindisfarne.

Monastere

Cette attaque créera une onde de choc dans la chrétienté : elle marquera le début de l’époque viking.  C’est aussi un moment fort de l’histoire puisqu’on fait la rencontre d’Athelstan, un moine copiste qui aura un grand rôle à jouer dans la série.

Ragnar rencontre Athelstan

Les Vikings sont avides de richesses. Pendant qu’ils pillent le monastère, Ragnar découvre un moine caché, maintenant contre lui un livre auquel il semble très attaché. D’abord surpris de constater que le moine parle la même langue que lui, il lui demande pourquoi il a choisi de sauver « ça » — le livre, plutôt que tous les autres trésors en or. Athelstan répond naturellement que le livre contient la parole de Dieu. Les autres vikings veulent tuer le moine, mais Ragnar s’y oppose. Il parle leur langue et pourrait leur être utile.

Athelstan devient l’esclave de Ragnar, du moins pour un certain temps. Un soir, pendant que le moine entend bien malgré lui les ébats amoureux du viking et de sa femme, il essaie de trouver un peu de réconfort dans son fameux livre. On voit donc ce que le chrétien lit : un livre manuscrit et enluminé. Peut-être l’évangéliaire de Lindisfarne ?

Enluminure1

Dans la deuxième saison, le roi Ecbert montre à Athelstan son antre secrète, là où sont entreposés des manuscrits romains.

antre secrete du roi ecbert

Inquiet des invasions barbares (sous entendu les non chrétiens, particulièrement ceux provenant d’Europe du Nord — en l’occurrence les Vikings) il confie au moine la noble tâche de recopier les précieux manuscrits afin de les préserver à jamais.

athelstan copiste

athelstan ecrit

Durant la saison quatre, dans le but de satisfaire la princesse Judith, le roi Ecbert lui trouve un moine enlumineur afin qu’il lui enseigne l’art de l’enluminure.

production enluminure

Judith peint

Judith peint1

Judith peint2

On a beau lire dans les livres d’histoire les événements du passé, mais rien n’égale le fait de voir le regard guerrier d’un viking ; de sentir la peur viscérale chez les moines ; de capter la magie et l’espoir dans les yeux d’un humain lorsqu’ils les posent sur un livre sacré…

La série Vikings a permis de rendre tangible, une réalité depuis longtemps oubliée.

Source : Les images sont des copies d’écran youtube de la série Vikings.

Tailler la plume d’oie pour la calligraphie

Endroit ou trouve plume

Alors que je me promenais dans la campagne québécoise, je suis tombée par hasard sur une belle et grande plume! J’aurais aimé que ce soit celle d’une oie, mais elle appartient vraisemblablement à un faisan.

0-Plume

Qu’à cela ne tienne, sa longueur et sa solidité m’ont amenées à expérimenter ma première taille de plume! À travers mes recherches sur le sujet, j’ai trouvé une tonne de méthodes… Mais voici celle que j’ai retenue pour cette première expérimentation.

Première étape : mettre la plume dans de l’eau bouillante pendant environ 2h.

1-Eau bouillante 2h

Deuxième étape : arracher les barbules et le duvet. Le but est de laisser un espace suffisant pour la main qui tiendra la plume.

2-Arracher duvet

Troisième étape : couper obliquement la plume côté ventre et côté dos.

3-Couper obliquement cote ventre et dos

Quatrième étape : vider l’intérieur du calamus (partie creuse de la plume).
Pour ce faire, je me suis servie des retailles restantes du bec de plume.

4-Vider interieur plume

Cinquième étape : inciser le côté dos, puis tailler le bec de la plume.

5-Tailler le bec

Sixième étape : inciser le bout du bec.

6-Inciser le bout en 2

Le résultat final!

7-Termine

Après quelques essais, j’ai retaillé ma plume de façon un peu plus propre et j’ai modifié un peu le bout car l’encre ne coulait pas sur le papier. La raison? L’extrémité de mon bec n’était pas totalement en contact avec le papier.

8-Test

Difficile de décrire la sensation d’écrire avec une vraie plume… C’est assurément un plaisir organique de sentir la connexion entre la plume et le papier, sans avoir à passer par le métal froid et sans vie d’un bec moderne.

Désormais, j’ouvre l’oeil pour trouver d’autres plumes!!

Mise à jour
Depuis la publication de cet article, j’ai réalisé une vidéo dans laquelle je montre, étape par étape, comment je taille une plume pour la calligraphie. Si vous préférez voir le geste en direct plutôt que de suivre les photos, cette démonstration devrait vous être utile.

Parchemin ou vélin?

De la peau animale au manuscrit médiéval : fabrication et identification d’un support millénaire.

Article publié en 2017 — mis à jour et enrichi en août 2026.

Sophie Cassagnes-Brouquet, La passion du livre au Moyen Âge, Rennes, Éditions Ouest-France, p. 26.

Parchemin ou vélin : quelle différence ?

C’est une question qui m’a été fréquemment posée. Pour commencer, tous les deux sont issus de peaux d’animaux abattus, principalement des peaux de moutons, de chèvres ou de veaux.

Mais la principale différence réside dans leur rendu : le vélin est plus blanc et plus lisse que le parchemin. Il est prisé pour son aspect soigné et sa grande qualité. Les peaux de veaux très jeunes, notamment les veaux mort-nés, pouvaient produire un vélin particulièrement fin. Ces peaux étaient généralement réservées aux ouvrages de luxe.

La fabrication du parchemin : un processus long, complexe et coûteux

Le mot « parchemin » provient du nom de la ville de Pergame (Pergamon), en Asie Mineure (l’actuelle Turquie). Une tradition ancienne attribue au roi Eumène II (197-158 av. J.-C.) le perfectionnement des techniques de préparation des peaux animales destinées à l’écriture — qui nécessitent de longues opérations qui durent des semaines.

Selon les époques, les régions et les ateliers, il existe plusieurs variantes du procédé.

Mais globalement, la fabrication du parchemin commence par l’abattage de l’animal, suivi de l’écorchage, c’est-à-dire le retrait de la peau. Celle-ci est ensuite mise à tremper dans une rivière ou dans de l’eau courante pendant au moins une journée afin d’éliminer le sang, la saleté et les autres impuretés.

Après ce premier nettoyage, les peaux sont enduites de chaux ou plongées dans un bain de chaux, puis pliées côté chair contre côté chair. Elles y séjournent entre huit et quinze jours et sont remuées régulièrement. Au fil des jours, la chaux ramollit les tissus, détache progressivement les poils et le bain devient rapidement trouble et particulièrement nauséabond. Les peaux sont ensuite abondamment rincées à l’eau courante afin d’éliminer toute trace de chaux.

Les poils sont alors retirés par raclage à l’aide d’une plane, un outil comparable à un couteau. Ils se détachent désormais facilement grâce au chaulage. La peau est ensuite rincée une nouvelle fois afin d’éliminer les derniers résidus de chaux et de tissus avant d’être préparée pour les étapes suivantes.

La peau est tendue sur un cadre en bois appelé une herse.
À l’aide d’un lunellum, un couteau à lame en forme de demi-lune, le parcheminier racle les deux faces de la peau afin de l’amincir, de l’aplanir et de lui donner une épaisseur uniforme. Si une petite déchirure survient, il est parfois possible de la recoudre.

Lorsque la peau est suffisamment sèche, on applique le groison, une fine poudre de craie qui réduit la porosité du parchemin. Cette préparation est essentielle, car elle empêche l’encre d’être immédiatement absorbée et de former des taches.

Enfin, le parchemin est poli à la pierre ponce afin d’obtenir une surface lisse et agréable à l’écriture. La peau est ensuite retirée du cadre et découpée en feuilles selon les dimensions requises pour la réalisation du manuscrit.

Identifier l’animal derrière la page

Saviez-vous qu’il existe des « sommeliers » du parchemin ?

Bien sûr, c’est une façon de parler ! Pourtant, les spécialistes qui manipulent des parchemins depuis de nombreuses années affirment qu’ils peuvent parfois reconnaître l’animal dont provient la peau simplement grâce à son odeur.

Ainsi, un parchemin dégageant une odeur de laine mouillée proviendrait d’un mouton, tandis qu’une odeur rappelant le fromage de chèvre serait caractéristique d’une peau de chèvre. Quant au parchemin de vache, il évoquerait davantage l’odeur d’une vieille grange.

Ces indices olfactifs relèvent surtout de l’expérience des artisans et des restaurateurs. Pour une identification scientifique, les spécialistes privilégient l’observation microscopique de la structure de la peau.

L’examen au microscope permet notamment d’observer les follicules pileux, dont la densité, la forme et la disposition varient selon les espèces. Ces caractéristiques laissent dans le derme une empreinte suffisamment distinctive pour permettre de différencier, par exemple, une peau de mouton, de chèvre ou de veau.

La règle de Gregory : reconnaître les faces du parchemin

Lorsqu’ils étudient les manuscrits, les spécialistes observent également la disposition des côtés de la peau.

En codicologie, la « règle de Gregory » (Caspar René Gregory, XIXe siècle) fait référence à une méthode de pliage des parchemins visant à faire coïncider les côtés poil et les côtés chair ensemble.

Cette règle repose sur une différence visible entre les deux faces du parchemin : le côté poil, qui correspond à la face extérieure de l’animal, est souvent plus foncé, plus irrégulier et présente des traces laissées par les follicules pileux.
Le côté chair, qui provient de la face interne de la peau, est généralement plus clair et plus lisse.

Lors de la confection des cahiers d’un manuscrit, les copistes cherchaient habituellement à respecter une alternance régulière : les côtés poil se retrouvaient face à face, tout comme les côtés chair. Cette disposition permettait d’obtenir une apparence plus homogène lorsque le livre était ouvert.

Il existe toutefois des exceptions, notamment dans certains manuscrits produits en Angleterre et en Irlande, où cette alternance n’est pas toujours respectée.

Une fois les feuilles de parchemin préparées et assemblées en cahiers, une autre étape essentielle précédait le travail du copiste : la mise en page du manuscrit. Les artisans traçaient alors les réglures, un ensemble de lignes destinées à organiser l’espace d’écriture et à guider la disposition du texte et des enluminures. Découvrez l’histoire de cette étape fondamentale dans mon article Les réglures dans les manuscrits médiévaux.

Pour conclure

Le parchemin est le résultat d’un long savoir-faire, transformant une peau animale en une matière capable de traverser les siècles. Mais il est bien plus qu’un simple support d’écriture : il conserve les traces de sa propre histoire. 

Pour les codicologues, qui étudient les manuscrits en tant qu’objets matériels, le parchemin constitue une source précieuse d’informations. Chaque détail — la préparation de la peau, la disposition des feuillets, les marques laissées par la fabrication — contribue à mieux comprendre la naissance, l’usage et la transmission des livres anciens.

Ainsi, le parchemin n’est pas seulement une page sur laquelle on écrit : il est lui-même un témoin historique, porteur de la mémoire des artisans, des scribes et des sociétés qui l’ont produit.

 

Références :
Bischoff, Bernhard. Paléographie : de l’Antiquité romaine et du Moyen Âge occidental. Arles, Éditions Actes Sud, p. 177-178.
Notes de cours, Lecture des sources manuscrites, HIS4023, Université du Québec à Montréal

Livre d’heures noir

Généralement peu connu du grand public à cause de leur rareté, il existe des enluminures aux teintes sombres appelées Livre d’heures noir.

Ces enluminures sont réalisées sur du parchemin ou vélin noir, résultat obtenu par trempage dans un bain métallo-gallique. Les pages de ces manuscrits sont généralement conservés entre des plaques de verre acrylique pour des raisons de conservation, à cause de l’action corrosive de la teinture noire sur le parchemin.

Surtout une production flamande du XVe siècle, qui allait dans le sens du goût élitiste de la cour de Bourgogne.