Parchemin ou vélin?

De la peau animale au manuscrit médiéval : fabrication, identification et secrets d’un support millénaire.

Article publié en 2017 — mis à jour et enrichi en août 2026.

Sophie Cassagnes-Brouquet, La passion du livre au Moyen Âge, Rennes, Éditions Ouest-France, p. 26.

Parchemin ou vélin : quelle différence ?

C’est une question qui m’a été fréquemment posée. Pour commencer, tous les deux sont issus de peaux d’animaux abattus, principalement des peaux de moutons, de chèvres ou de veaux.

Mais la principale différence réside dans leur rendu : le vélin est plus blanc et plus lisse que le parchemin. Il est prisé pour son aspect soigné et sa grande qualité. Les peaux de veaux très jeunes, notamment les veaux mort-nés, pouvaient produire un vélin particulièrement fin. Ces peaux étaient généralement réservées aux ouvrages de luxe.

La fabrication du parchemin : un processus long et complexe

Le mot « parchemin » provient du nom de la ville de Pergame (Pergamon), en Asie Mineure. Une tradition ancienne attribue au roi Eumène II (197-158 av. J.-C.) le perfectionnement des techniques de préparation des peaux animales destinées à l’écriture — qui nécessitent de longues opérations qui durent des semaines.

Selon les époques, les régions et les ateliers, il existe plusieurs variantes du procédé.

Mais globalement, la fabrication du parchemin commence par l’abattage de l’animal, suivi de l’écorchage, c’est-à-dire le retrait de la peau. Celle-ci est ensuite mise à tremper dans une rivière ou dans de l’eau courante pendant au moins une journée afin d’éliminer le sang, la saleté et les autres impuretés.

Après ce premier nettoyage, les peaux sont enduites de chaux ou plongées dans un bain de chaux, puis pliées côté chair contre côté chair. Elles y séjournent entre huit et quinze jours et sont remuées régulièrement. Au fil des jours, la chaux ramollit les tissus, détache progressivement les poils et le bain devient rapidement trouble et particulièrement nauséabond. Les peaux sont ensuite abondamment rincées à l’eau courante afin d’éliminer toute trace de chaux.

Les poils sont alors retirés par raclage à l’aide d’une plane, un outil comparable à un couteau. Ils se détachent désormais facilement grâce au chaulage. La peau est ensuite rincée une nouvelle fois afin d’éliminer les derniers résidus de chaux et de tissus avant d’être préparée pour les étapes suivantes.

La peau est tendue sur un cadre en bois appelé une herse.
À l’aide d’un lunellum, un couteau à lame en forme de demi-lune, le parcheminier racle les deux faces de la peau afin de l’amincir, de l’aplanir et de lui donner une épaisseur uniforme. Si une petite déchirure survient, il est parfois possible de la recoudre.

Lorsque la peau est suffisamment sèche, on applique le groison, une fine poudre de craie qui réduit la porosité du parchemin. Cette préparation est essentielle, car elle empêche l’encre d’être immédiatement absorbée et de former des taches.

Enfin, le parchemin est poli à la pierre ponce afin d’obtenir une surface lisse et agréable à l’écriture. La peau est ensuite retirée du cadre et découpée en feuilles selon les dimensions requises pour la réalisation du manuscrit.

Identifier l’animal derrière la page

Saviez-vous qu’il existe des « sommeliers » du parchemin ?

Bien sûr, c’est une façon de parler ! Pourtant, les spécialistes qui manipulent des parchemins depuis de nombreuses années affirment qu’ils peuvent parfois reconnaître l’animal dont provient la peau simplement grâce à son odeur.

Ainsi, un parchemin dégageant une odeur de laine mouillée proviendrait d’un mouton, tandis qu’une odeur rappelant le fromage de chèvre serait caractéristique d’une peau de chèvre. Quant au parchemin de vache, il évoquerait davantage l’odeur d’une vieille grange.

Ces indices olfactifs relèvent surtout de l’expérience des artisans et des restaurateurs. Pour une identification scientifique, les spécialistes privilégient l’observation microscopique de la structure de la peau.

L’examen au microscope permet notamment d’observer la disposition des follicules pileux, dont la morphologie varie selon les espèces. Les follicules pileux laissent une empreinte caractéristique dans le derme, et leur disposition varie selon les espèces. Les spécialistes peuvent ainsi distinguer, par exemple, une peau de mouton, de chèvre ou de veau en observant la densité, l’organisation et la forme des groupes de follicules.

La règle de Gregory : reconnaître les faces du parchemin

Lorsqu’ils étudient les manuscrits, les spécialistes observent également la disposition des côtés de la peau.

En codicologie, la « règle de Gregory » (Caspar René Gregory, XIXe siècle) fait référence à une méthode de pliage des parchemins visant à faire coïncider les côtés poil et les côtés chair ensemble.

Cette règle repose sur une différence visible entre les deux faces du parchemin : le côté poil, qui correspond à la face extérieure de l’animal, est souvent plus foncé, plus irrégulier et présente des traces laissées par les follicules pileux.
Le côté chair, qui provient de la face interne de la peau, est généralement plus clair et plus lisse.

Lors de la confection des cahiers d’un manuscrit, les copistes cherchaient habituellement à respecter une alternance régulière : les côtés poil se retrouvaient face à face, tout comme les côtés chair. Cette disposition permettait d’obtenir une apparence plus homogène lorsque le livre était ouvert.

Il existe toutefois des exceptions, notamment dans certains manuscrits produits en Angleterre et en Irlande, où cette alternance n’est pas toujours respectée.

Une fois les feuilles de parchemin préparées et assemblées en cahiers, une autre étape essentielle précédait le travail du copiste : la mise en page du manuscrit. Les artisans traçaient alors les réglures, un ensemble de lignes destinées à organiser l’espace d’écriture et à guider la disposition du texte et des enluminures. Découvrez l’histoire de cette étape fondamentale dans mon article Les réglures dans les manuscrits médiévaux.

Pour conclure

Le parchemin est le résultat d’un long savoir-faire, transformant une peau animale en une matière capable de traverser les siècles. Mais il est bien plus qu’un simple support d’écriture : il conserve les traces de sa propre histoire. 

Pour les codicologues, qui étudient les manuscrits en tant qu’objets matériels, le parchemin constitue une source précieuse d’informations. Chaque détail — la préparation de la peau, la disposition des feuillets, les marques laissées par la fabrication — contribue à mieux comprendre la naissance, l’usage et la transmission des livres anciens.

Ainsi, le parchemin n’est pas seulement une page sur laquelle on écrit : il est lui-même un témoin historique, porteur de la mémoire des artisans, des scribes et des sociétés qui l’ont produit.

 

Références :
Bischoff, Bernhard. Paléographie : de l’Antiquité romaine et du Moyen Âge occidental. Arles, Éditions Actes Sud, p. 177-178.
Notes de cours, Lecture des sources manuscrites, HIS4023, Université du Québec à Montréal