Les colophons

En réalisant mon travail de session (cours d’initiation à la paléographie s’intitulant Lecture des sources manuscrites) à l’université, j’ai eu la chance de tomber par hasard sur un colophon !

Qu’est-ce qu’un colophon ?

C’est un court texte laissé par le scribe à la fin du manuscrit. Il peut s’agir de son nom, de la date de copie, des conditions dans lesquelles il a travaillé, etc. Lorsque j’ai consulté le manuscrit Cicéro, De Officiis (1450) à la bibliothèque de l’Université McGill, section des livres rares et anciens, j’ai découvert ce que je pense être un colophon laissé par le scribe à la dernière page de l’ouvrage. Finis. Deo gratias.

colophon

À l’aide des incipits et des explicits, j’ai retrouvé deux copies des célèbres écrits de Marcus Tullius Cicéro. Aucune des copies étudiées ne se termine par « Finis. Deo gratias. » Ces trois mots, qui ne semblent pas faire parti du texte initial, me laisse supposer qu’il s’agit bel et bien d’un colophon laissé par le copiste à la toute fin de son texte.

Deo gratias était une formule latine utilisée au moyen-âge pour rendre grâce à Dieu, notamment à la fin des offices religieux (catholique). C’est également une expression, d’un usage familier, pour signifier le soulagement au terme d’un ennui, ou d’une situation pesante.

Le professeur de mon cours nous avait partagé un colophon particulièrement révélateur des conditions de travail d’un scribe :

« Le travail du scribe est le rafraîchissement du lecteur : ce premier affaibli son corps, ce dernier profit son esprit. Qui que vous soyez, alors, qui profitez par ce travail, n’oubliez pas celui qui a peiné pour le réaliser… celui qui ne sait pas écrire le croit pas grand-chose… mais ça embrouille les yeux, ça courbe le dos, ça brise l’estomac et les côtes, le travail rempli vos reins avec la douleur… Comme le dernier port d’escale est doux pour le marin, ainsi est la dernière ligne pour le scribe. »

Tenir dans ses mains un manuscrit datant de plusieurs siècles, c’est autre chose que de le voir sur un froid et distant écran d’ordinateur. L’avoir en main, c’est toucher la texture de la peau de l’animal, sentir l’odeur du parchemin, apprécier celle du cuir de la reliure. C’est aussi s’extasier devant l’incroyable régularité des lettres, patiemment tracées en respectant le ductus de chaque lettre. On peut presque sentir le soulagement du scribe lorsqu’il trace sa dernière lettre, après des semaines voire des mois de labeur.

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